Revue Choublak - Parti Fusion des sociaux-démocrates haïtiens https://www.partifusion.ht/revue-choublak/ Ayiti pap peri, N ap chanje sa! Mon, 02 Sep 2024 02:15:18 +0000 fr-CA hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1 https://i0.wp.com/www.partifusion.ht/wp-content/uploads/2023/01/cropped-Parti_Fusion_PFSDH-Logo.jpg?fit=32%2C32&ssl=1 Revue Choublak - Parti Fusion des sociaux-démocrates haïtiens https://www.partifusion.ht/revue-choublak/ 32 32 205976430 Une décantation dans le paysage politique haïtien  https://www.partifusion.ht/une-decantation-dans-le-paysage-politique-haitien/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=une-decantation-dans-le-paysage-politique-haitien https://www.partifusion.ht/une-decantation-dans-le-paysage-politique-haitien/#respond Fri, 30 Aug 2024 19:49:00 +0000 https://www.partifusion.ht/?p=5289 D’après les informations qui circulent, il existe aujourd’hui plus de trois cent trente (330) partis politiques autorisés par le Ministère de la Justice et de…

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D’après les informations qui circulent, il existe aujourd’hui plus de trois cent trente (330) partis politiques autorisés par le Ministère de la Justice et de la Sécurité Publique.  D’autres seraient parait-il en cours de constitution.   Le phénomène de prolifération des partis politiques a pris une ampleur considérable avec le vote de la loi régissant la matière qui permet à une vingtaine de personnes de créer un parti et de le faire reconnaitre légalement.  S’il est vrai que la liberté d’association constitue un droit, cependant le rôle d’intermédiation qu’un parti politique est appelé à jouer dans le fonctionnement des institutions publiques suppose une règlementation spécifique pour ce type d’organisation. 

Aux yeux de l’opinion publique cette pléthore de partis politiques a un effet dévastateur quant à la crédibilité de toutes celles et de tous ceux qui prétendent briguer le pouvoir.  Comment veut-on que l’on prenne au sérieux les partis qui animent depuis fort longtemps la vie politique du pays, quand chaque individu, chaque ancien parlementaire ou ministre se croit obligé de créer sa propre organisation.  Quand on sait ce que cela coûte en termes de temps, d’effort, de disponibilité, de moyens matériels et humains pour faire fonctionner un parti digne de ce nom, on se demande bien comment ils font pour exister et compter vraiment dans la lutte pour le pouvoir.

Il est vrai que la plupart d’entre eux n’existent que de nom ou sont juste des sigles qui servent à signer des notes de presse.  Les uns et les autres se disent que c’est la seule façon pour eux d’avoir une place autour de la table ou pour se faire inviter dans les grandes rencontres ou par les ambassades.  Les élections passées ont montré qu’une cinquantaine d’entre eux seulement présentent quelques candidats à certains postes électifs.  Le nombre de candidats à la présidence étant plus faible du fait des contraintes imposées par les lois électorales.

Imaginons une élection où il y aurait cent, deux cents ou trois cents candidats à la présidence.  Ce serait un casse-tête pour le Conseil Électoral chargé de préparer les bulletins de vote et une confusion totale pour les électeurs même lettrés qui auraient du mal à trouver le candidat de leur choix.  Si comme la loi le prévoit, le gouvernement veut accorder un financement public aux partis et aux candidats, ce sera quasiment impossible à faire équitablement, sauf à effectuer un saupoudrage aussi dispendieux qu’inefficace.  Soit dit en passant que la perspective d’un financement public ne doit en aucune façon constituer une incitation à créer plus de partis politiques.

Dans la perspective de l’organisation des prochaines élections il nous faut poser dès à présent le problème de la prolifération des partis politiques et réfléchir à la façon de le résoudre dans le respect des règles démocratiques.  De nombreuses questions peuvent être soulevées.  Faut-il refaire avant les élections une nouvelle loi sur les partis politiques plus exigeante et moins laxiste ?  Comment réduire le nombre impressionnant, presque ridicule des partis politiques existants ? Comment encourager les partis de même tendance à se regrouper au sein d’une même organisation ?  La Fusion des Sociaux-Démocrates Haïtiens a apporté la preuve que c’était possible en rassemblant sous une même bannière des partis qui se réclamaient de la social-démocratie.  Mais malheureusement l’exemple n’a pas été suivi.  Dans un système démocratique, il n’est pas recommandé de changer les règles du jeu à la veille des élections.  Mais dans notre situation, c’est un impératif. En lançant ce débat, loin de nous la pensée de vouloir stigmatiser qui que ce soit.  Il s’agit d’un vrai problème qui demande des solutions responsables.  Dans cette affaire, c’est le peuple haïtien qui doit avoir le dernier mot.  Plusieurs pays de tradition démocratique, comptent de nombreux partis politiques, mais les alternances se font en général entre eux ou trois grandes formations vers lesquelles se tournent les citoyennes et les citoyens pour élire leurs dirigeants.  Les autres petits partis font de la figuration, délivrent leur message, mais ont très peu d’élus ou pas du tout.

Il incombe aux partis qui animent la vie politique depuis la fin de la dictature de s’entendre pour se fédérer par sensibilité politique et faire des offres politiques crédibles en quantité limitée.   Au cas contraire c’est toute la classe politique qui risque d’en pâtir. Et c’est notre pays qui continuera d’être la risée du monde et de voir son entrée dans la modernité politique retardée.

 L’appel est lancé. Dirijan politik yo jwèt pou nou.

La Rédaction

Note: La photo de couverture de cet article a été générée par l’intelligence artificielle

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Pour un retour au symbolisme historique et au respect des monuments https://www.partifusion.ht/pour-un-retour-au-symbolisme-historique-et-au-respect-des-monuments/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=pour-un-retour-au-symbolisme-historique-et-au-respect-des-monuments https://www.partifusion.ht/pour-un-retour-au-symbolisme-historique-et-au-respect-des-monuments/#respond Fri, 30 Aug 2024 19:49:00 +0000 https://www.partifusion.ht/?p=5284 En Considérant la désacralisation des faits de notre histoire de peuple depuis plus d’une vingtaine d’années et la dangerosité certaine sur la prise en charge,…

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En Considérant la désacralisation des faits de notre histoire de peuple depuis plus d’une vingtaine d’années et la dangerosité certaine sur la prise en charge, par la société de demain de notre pays,  la Fusion des Sociaux-Démocrates croit nécessaire de dégager des démarches intellectuelles et spirituelles capables de remettre les esprits sur la voie du retour à la commémoration utile, pour rendre permanent le lien entre les Pères fondateurs, les monuments, et les générations actuelles et futures.

Qui n’a pas assisté avec grand étonnement la profanation des lieux de repos de nos héros de notre indépendance, le Champs de Mars par des élèves au sortir de leur processus d’évaluation.  A l’occasion ils ont piétiné les statuts des Pères fondateurs – un sacrilège de trop.

Le Parti Fusion entend inaugurer une activité à la portée citoyenne en prenant le 1er Janvier comme date de départ.

Dans le patrimoine immatériel collectif des Haïtiens la date la plus sacrée est le premier Janvier 1804.  Elle marque le retour à la vie humaine perdue, volée par les envahisseurs européens de toute une race d’hommes et de femmes pendant plus de trois siècles.  Dans l’intervalle de temps considéré, il faut toujours se rappeler que nos vieux parents n’avaient plus de qualité de citoyens et de citoyennes.  Pour construire la machine, les autorités françaises ont en Mars 1685 sous le Roi Louis XVIV édité le code noir qui se donnait pour mandat de préciser la condition des esclaves noirs au regard du droit – l’Article 44 – dans son essence renseigne « Déclarons les esclaves êtres meubles et comme tels entrer dans la communauté.

Il faut admettre que pour assurer à ces formes de penser- il faut sortir du lignage humain telle était la qualité des autorités de plusieurs pays de l’Europe au 17e siècle.  C’était un des dispositifs utilisés pour conduire l’exploitation des pays conquis baptisés Colonies.  Les hommes et les femmes avaient été abêtis et mis en situation de travailler dans les mines et dans les champs pour assurer la rédemption rêvée.  Des pays de l’Amérique et de l’Afrique, mettons-nous à l’époque moderne pour préciser, subissent la violence morale et politique pour satisfaire les appétits gloutons des Européens.

Parmi les Colonies Françaises des 17e et 18e siècles se détachait une d’entre elles par ses grandes capacités économiques.  Elle a nom St Domingue, elle était baptisée Perle des Antilles – le joyau de l’Empire Français.  La France était un grand empire parce qu’elle possédait St Domingue.

A partit de 1700 St Domingue est le premier producteur de canne à sucre.  Au milieu du 18e siècle l’Ile exporte à elle seule autant de sucre que toutes les Iles Anglaises réunies et devenaient la principale destination des traites Négrières via le commerce triangulaire.

Un Français sur 8 vivait de St Domingue. La grande richesse de la plus riche Colonie était construite sur l’esclavage et la colonisation.

Le colonialisme était devenu la logique d’exister des Européens et les nègres étaient les grands outils de l’exploitation.  Après plus d’un siècle de jouissance, les intérêts de la France sont inquiétés par les monuments de protestations éclatées à la fin du 18e siècle à St Domingue.

La réaction brutale de Napoléon Bonaparte par l’envoi d’une flotte militaire dans la colonie en rébellion en Février 1802 n’a pas apportée les résultats escomptés. Le 18 Novembre 1803 à Verrière c’est la première victoire des esclaves sur leurs oppresseurs.   La plus grande armée de l’époque est anéantie et les nègres et les négresses accèdent à l’Indépendance célèbrent le 1er Janvier.

Le 1er Janvier 1804, est la date officielle d’un grand tournant dans l’histoire universelle. Une date sacrée : des esclaves, des nègres accèdent à leur indépendance.  La colonisation a reçu son premier coup terrible.

Les auteurs de ce grand coup historique deviennent des champions de la liberté dans le monde, des hommes dignes de louange.  Les héros de la bataille sont des modèles, des héros appréciés un peu partout à travers le monde.

Leur rendre hommage, c’est un signe de respect et d’appréciation de leurs actes de grandes bravoures – c’est aussi perpétuer à travers le temps leur mémoire – c’est aussi transmettre aux générations et futures l’âme patriotique nécessaire pour concevoir de plus grandes choses pour la Patrie.

L’Education à la citoyenneté doit se réaliser pour maintenir la flamme de la grandeur toujours allumée, la flamme du Patriotisme bien forte pour construire de véritables citoyens en état de comprendre pour des actions de grandeur en regardant les monuments consacrés au Père Fondateur de la Patrie.

La Fusion croit qu’il s’agit d’une démarche à dimension Patriotique à réussir dans le dessein de protéger les valeurs de dignité, de grandeur de la Patrie et d’insuffler à la jeunesse un regard de fierté sur tout ce qui symbolise nos moments de gloire.

Mozart CLÉRISSON, Avocat

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État capté : Comment la société branchée met en lumière le trafic d’influence des politiques et bureaucrates en Haïti – Cas de la Banque nationale de crédit (BNC) https://www.partifusion.ht/etat-capte-comment-la-societe-branchee-met-en-lumiere-le-trafic-dinfluence-des-politiques-et-bureaucrates-en-haiti-cas-de-la-banque-nationale-de-credit-bnc/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=etat-capte-comment-la-societe-branchee-met-en-lumiere-le-trafic-dinfluence-des-politiques-et-bureaucrates-en-haiti-cas-de-la-banque-nationale-de-credit-bnc https://www.partifusion.ht/etat-capte-comment-la-societe-branchee-met-en-lumiere-le-trafic-dinfluence-des-politiques-et-bureaucrates-en-haiti-cas-de-la-banque-nationale-de-credit-bnc/#respond Fri, 30 Aug 2024 19:49:00 +0000 https://www.partifusion.ht/?p=5278 Depuis que le concept de lutte contre la corruption a été popularisé par les principales institutions financières de Bretton-Woods (Banque Mondiale, FMI,  ..) notamment auprès…

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Depuis que le concept de lutte contre la corruption a été popularisé par les principales institutions financières de Bretton-Woods (Banque Mondiale, FMI,  ..) notamment auprès des pays en développement en vue d’une perspective d’amélioration de la gestion des affaires publiques à la fin des années 80, les scandales et risques permanents liés à la corruption, les uns plus emblématiques que les autres, sont souvent mis en évidence au grand public. Les paiements illicites, les pots-de-vin, les trafics d’influence sont parmi les diverses formes de corruption dont les acteurs politiques et bureaucrates usent souvent dans l’exercice de leur fonction. Ces acteurs politiques et bureaucrates sous l’influence d’autres acteurs économiques pratiquent ce qu’on appelle une captation de l’État.  

Haïti, en proie à une crise multidimensionnelle, est depuis longtemps confrontée au fléau de la corruption. Ce phénomène, qui gangrène les institutions et freine le développement du pays, a pris une nouvelle dimension avec l’essor des réseaux sociaux. Comment les plateformes numériques amplifient l’exposition de ces pratiques des Hauts responsables publics dans un État, assimilé à une institution en faillite, est capté par ces derniers dans le souci de tirer des avantages individuels au détriment du collectif ou à un coût social exorbitant ?

Cet article, par une mise en contexte du terme de captation de l’État, examine l’impact des plateformes numériques notamment les réseaux sociaux sur le trafic d’influence des politiques et bureaucrates en Haïti. Il met un accent particulier sur le scandale de l’affaire du président du conseil d’administration de la Banque nationale de crédit (BNC) impliquant trois (3) Conseillers du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) émanant de l’accord du 3 avril 2024 dénommé « Accord politique pour une transition pacifique et ordonnée ». Il montre comment les plateformes numériques ont modifié les rapports de force entre les acteurs politiques, les citoyens et les médias, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives pour la lutte contre la corruption bien que celui-ci fait ressortir sa limite à un changement réel.

L’État capté, c’est quoi ?

Le terme captation de l’État est vu comme une nouvelle facette de la corruption au sein des pays en développement où des forces économiques puissantes (appelés aussi oligarques chez nous) entreprennent des actions pour façonner les lois, politiques et réglementations en leur faveur par des pratiques de soudoiement des responsables publics (Hellman & Kaufmann, 2001). Par l’utilisation du trafic d’influence, ces pratiques des entrepreneurs cherchent à bloquer toute démarche de réforme politique qui pourrait faire disparaître leurs bénéfices, ce qui fait qu’Hellman assimile la captation de l’État, à la fois comme un symptôme et une cause fondamentale de mauvaise gouvernance. Les réformes politiques et institutionnelles susceptibles de favoriser une bonne gouvernance sont donc prises en otage à la suite d’ententes frauduleuses entre les entreprises et les responsables publics pour qui la préservation d’une éthique abusive et indigne de gestion rapporte beaucoup. Il est vrai que ce terme met en relation les acteurs publics et ceux du secteur privé en général, toutefois il est tout aussi applicable au contexte haïtien dans lequel nous souhaitons l’évoquer, à savoir l’affaire de la BNC. À noter dans le cas spécifique de ce scandale, il s’agit du processus inverse où ce sont les autorités publiques, en l’occurrence des Conseillers-Présidents, qui réclament des pots-de-vin auprès des dirigeants d’entreprises commerciales publiques pour garder leurs postes.

Les réseaux sociaux, au cœur d’une exposition croissante des phénomènes de corruption !

 En Haïti, comme dans de nombreux pays en développement, l’essor des réseaux sociaux à la suite de l’adoption massive du mobile au cours de ces deux dernières décennies a modifié les dynamiques sociales, économiques et politiques. En dépit de la dégradation de la qualité des services offerts par les principaux fournisseurs d’accès et du manque de concurrence, l’accès à des plateformes numériques comme Meta (Facebook, WhatsApp, Instagram ,..), Google (YouTube, moteur de recherche,  ..) et X (ancien Twitter) a permis de déboucher sur une certaine démocratisation de l’information, permettant aux citoyens de s’exprimer et de dénoncer les abus de pouvoir. Toutefois, cette démocratisation de l’information s’accompagne de nouveaux défis, notamment la propagation de fausses informations et de l’utilisation des réseaux sociaux à des fins de manipulation politique.

Les réseaux sociaux sont devenus un outil puissant pour les acteurs de la société civile et les journalistes, leur permettant de contourner les médias traditionnels (qui ont aussi une présence numérique remarquée) souvent censurés ou contrôlés par certaines élites politiques ou des acteurs économiques. Des recherches démontrent que l’usage des réseaux sociaux pour dénoncer la corruption et les abus de pouvoir peut renforcer la transparence et la responsabilisation des dirigeants. Par exemple, en Inde, les réseaux sociaux ont joué un rôle crucial dans la révélation de scandales de corruption, conduisant à des réformes importantes (Rodrigues, 2014). De même, au Brésil ou au Nigeria, des plateformes comme Facebook et Twitter ont été utilisées pour mobiliser des manifestations massives contre la corruption politique (Abubakar et al., 2022).

En Haïti, cette tendance est illustrée par quelques cas où les réseaux sociaux ont permis de mettre en lumière des affaires de corruption. La plus emblématique de ces cas concerne la naissance du mouvement des « petrochallengers » en 2018 à la suite de la publication sur la plate-forme X du message intitulé « Kot kòb Petwo Karibe a? /Où est l’argent de PetroCaribe?». Ce mouvement a souligné le rôle crucial des plateformes numériques provoquant ainsi un réveil citoyen sans précédent (spontané) dans la mise en lumière des allégations de corruption et d’impunité au sein de l’appareil étatique en connivence avec de puissants acteurs économiques.

Le Cas de la Banque Nationale de Crédit (BNC)

En juillet 2024, un scandale éclate lorsque Raoul Pascal Pierre-Louis, président du Conseil d’administration de la BNC, accuse trois membres du CPT de tentative de corruption. Selon Pierre-Louis, les Conseillers-présidents Louis Gérald Gilles, Smith Augustin, et Emmanuel Vertilaire lui auraient exigé un paiement de 100 millions de gourdes pour conserver son poste. Ce scandale a pris une tournure sans précédent avec la publication de messages échangés, la publication des informations sur leurs rencontres et visites (domicile/hôtel de la capitale). La rapidité avec laquelle l’affaire a été rendue publique et la pression exercée sur les autorités témoignent de l’efficacité de propagation de ces outils.

Cependant, il est important de noter, à date, que les réactions politiques face à ce scandale ont été contrastées, certains acteurs cherchant à minimiser l’affaire (partisans et secteurs appuyant les Conseillers) tandis que d’autres de la société civile et du secteur politique notamment ont appelé à des enquêtes approfondies. Ce scandale au sein de cette entreprise publique impliquant des hautes autorités de l’État fait ressortir un phénomène de captation de l’État beaucoup plus profond et structurel pratiqué à travers le temps par ces dernières et auxquelles participent souvent les dirigeants de ces entreprises publiques. Les pratiques de détournement des ressources générées au sein des entreprises publiques par ces acteurs politiques et bureaucrates ont des effets néfastes sur la rentabilité de ces dernières.  Les dirigeants de ces entreprises ont préféré concentrer leurs efforts dans le développement des tactiques de captation plutôt que de mettre l’emphase sur des mesures qui visent à améliorer le niveau de productivité et de compétitivité des entreprises. Il ne reste quasiment de place pour le développement de produits et services novateurs. Ces démarchent participent donc à une initiative plus structurelle d’affaiblissement des différents compartiments de l’État menant tout droit à la défaillance de sa capacité à fournir les biens et services publics essentiels à sa population en témoigne la dégradation de la situation sécuritaire globale du pays actuellement.

D’autant plus, pour Hellman, cette captation de l’État décourage toute nouvelle mobilisation de ressources au profit de l’investissement tant public que privé en excluant systématiquement la création et la participation des petites et moyennes entreprises dans le processus de création de richesse devant aider à un développement durable.

Bien qu’on voie que l’impact des réseaux sociaux sur la gouvernance et la société en Haïti est évident tout en exposant les abus de pouvoir et un plus grand appel à la responsabilité des dirigeants pour des réformes réelles, ces plateformes présentent aussi des risques non négligeables notamment en matière de propagation de fausses informations et d’absence de procédures légales formelles pour les contrer.

L’impact réel des évènements de mobilisation contre la corruption soutenue par les plateformes de médias sociaux fait ressortir une certaine limite, à défaut de parler tout simplement d’échec, en absence d’une véritable stratégie intégrée de renforcement institutionnel (contrôle interne, instance judiciaire décriée, ..) pour une lutte efficace contre la corruption.

En conclusion, les réseaux sociaux participent indéniablement à une nouvelle dynamique dans la lutte contre la corruption en Haïti en offrant aux citoyens de nouveaux outils pour dénoncer les abus et mobiliser l’opinion publique. Cependant, il est essentiel de rester vigilant face aux risques de manipulation et de désinformation. Pour renforcer l’efficacité de cette lutte, il est nécessaire de développer des mécanismes de contrôle plus robustes, de promouvoir une culture de la transparence et de renforcer l’indépendance de la justice.

Moïse Celicourt. Economiste – Spécialiste en gouvernance et gestion des technologies de l’information

Références:

  • Ghonim, W. (2012). Revolution 2.0: Le pouvoir des gens plus fort que les gens au pouvoir. États-Unis: Steinkis
  • Journal, G. M. (s. d.). GMJAU – Social media’s impact on journalism: A study of medias coverage of anti-corruption protests in India. Consulté 18 août 2024, à l’adresse https://www.hca.westernsydney.edu.au/gmjau/?p=802
  • Abubakar Alfakoro, Y. S., Ismaila, I., & Abdul, H. (2022). Social Media and its Impact on Governance Building in Africa : The Nigeria Scenario.
  • Haïti : 3 conseillers-présidents sur la sellette après avoir été éclaboussés dans un scandale de corruption. (s. d.).  Consulté 18 août 2024, à l’adresse https://www.alterpresse.org/spip.php?article30728
  • Charles, J. (2024, août 12). How a bank bribery scandal rocking Haiti threatens U.S.-backed transition to elections. Miami Herald. https://www.miamiherald.com/news/nation-world/world/americas/haiti/article290927264.html

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Les Siamois https://www.partifusion.ht/les-siamois/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=les-siamois https://www.partifusion.ht/les-siamois/#respond Fri, 30 Aug 2024 19:49:00 +0000 https://www.partifusion.ht/?p=5267 "Face à tant de défis, Haïti a besoin de solutions innovantes. Cet article explore différentes pistes pour sortir de la crise : renforcement des institutions, lutte contre la corruption, développement économique, coopération internationale. Ensemble, nous pouvons bâtir un avenir meilleur."

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« Nous donnons au monde ce spectacle d’une jeune nation, née à des hauteurs étonnantes, se coupant les ailes pour tomber au niveau de toutes les abjections »[1] Edmond Paul .


La transition de rupture, était-elle porteuse d’un projet ? Ceux et celles qui s’opposaient au régime d’alors ont proposé la création d’un Conseil Présidentiel de Transition (CPT). Dès sa mise en forme, les initiateurs ont commencé, sur fond de crise, à exécuter leur numéro de scène. Et la machine aussitôt en marche, les Conseillers-Présidents, chacun en ce qui le concerne, se donnent à cœur joie en étalant graduellement la dimension artistique de leurs talents. Entre autres, deux cas majeurs de flagrance :

  1. Sur le chapitre de la corruption, le Président du Conseil d’administration de la Banque Nationale de Crédit doit verser cent millions de gourdes à trois Conseillers Présidents en échange de sa reconduction au poste de président du CA.
  2. Sur la rubrique de l’insécurité, le Président rotatif du CPT a coloré en rose le paysage haïtien en déclarant que ‘’la vie commence à reprendre dans les rues de la capitale et, dans le reste du pays dans le nord comme dans le sud la vie a repris quasiment totalement et environ quatre-vingt mille étudiants en 9eme Année Fondamentale ont subi les examens officiels réussis la semaine dernière ’’ par devant l’Assemblée de la CARICOM à l’occasion de sa 47ème réunion.

A la primature, le Premier Ministre désigné n’y est pas allé de main morte. Dans son discours d’investiture en date du 12 Juin 2024, il a tenu un discours imprégné de couleur hautement nationaliste. Il y a quelques passages que je retiens : « Je m’engage devant vous chers concitoyens à servir notre nation avec intégrité, transparence et dévouement….   Il est crucial que nos policiers et nos soldats soient bien préparés pour faire face aux défis sécuritaires actuels… Nous veillerons à ce qu’il dispose d’outils nécessaires pour accomplir leur mission avec efficacité et professionnalisme. Nous devons rétablir la confiance du peuple dans ses dirigeants et ses institutions. Cela implique une transparence totale dans la gestion des affaires publiques et une tolérance zéro envers la corruption ». Veut-il réinventer la roue ?

En ayant visité l’Hôpital Général accompagné du Directeur Général a.i de la Police Nationale d’Haïti et l’affrontement qui en est résulté entre les gangs et les Forces de l’Ordre, en ayant rencontré en la résidence privée du Conseiller-Présidentiel d’autres Conseillers et des responsables de secteur politique et le spectacle qui s ‘en est suivi, le Premier Ministre s’est montré tout aussi talentueux.

Dans une interview diffusée en date du 7 Août 2024, le Premier Ministre a dit : « Il sera extrêmement difficile d’organiser les élections et assurer la passation du pouvoir à de nouveaux élus au 7 Février 2026 dans les conditions actuelles ». Il est frustré par rapport à la lenteur constatée dans la fourniture de l’aide promise par l’International, en particulier les Etats-Unis pour rétablir l’ordre et améliorer les conditions d’existence de la population.

Hier, ils se sont présentés comme les défenseurs de la société, les garants d’un ordre nouveau, les tenants du système démocratique, comme l’alternative crédible. Aujourd’hui, ils ont les mêmes réflexes, reproduisent les mêmes faits et gestes et sont pressés de passer à la caisse. 

Je me questionne sur la pesanteur d’un passé prégnant, d’un passé reproduit avec efficacité.

C’est pourquoi mon ouvrage, titré ‘’Les Siamois : ‘’Pouvoir et Opposition’’ qui sera bientôt disponible, prend en compte cette malformation congénitale. Tout en s’excluant l’un l’autre, le tandem « Pouvoir et Opposition » se donnent la main, demeurent solidaires et jouissent d’une santé robuste sur la longue période 1804-2024. La pérennité de l’un assure la survie de l’autre 

J’en déduis en interrogeant l’histoire, cette cruelle enseignante, que le Pouvoir et l’Opposition se livrent une lutte sanglante et se relaient tout aussi bien. Ils sont siamois. Cette forme de lutte, engagée à l’aube même de la jeune nation haïtienne, est devenue une constante à travers l’histoire. Je cite deux faits d’illustration :

  1. Les hommes de l’Ouest et du Sud s’en veulent à Dessalines qu’ils qualifient de tyran. Ils organisent la révolte et abattent l’Empereur. Leur texte « Résistance à l’oppression » traduit l’expression de leur exaspération, de leur ras le bol, de leur volonté de construire une société dont la boussole sera axée sur la loi.

Lisons un extrait de ce document : « En attendant le moment où il sera possible de l’établir, nous déclarons que l’union, la fraternité et la bonne amitié, étant la base de notre réunion, nous ne déposerons les armes qu’après avoir abattu l’arbre de notre servitude et de notre avilissement et placée à la tête du gouvernement un homme dont nous admirons depuis longtemps le courage et les vertus, et qui, comme nous, était l’objet des humiliations du tyran ;  le peuple et l’armée dont nous sommes les organes, proclament le général Henri Christophe, Chef provisoire du gouvernement haïtien, en attendant que la constitution, en lui déférant définitivement ce titre auguste, en ait désigné la qualification. »

Une fois l’Empereur abattu, les hommes de l’ouest et du sud en veulent à Christophe. C’est la guerre déclarée qui conduit à la séparation du pays en deux Etats : le Nord, l’Ouest et le Sud.

  • En 1843, les hommes de Praslin se liguent contre Boyer, l’obscurantiste qui finit par prendre l’exil. Animés par des idées généreuses de changement, déterminés à édifier un gouvernement civil comme norme, ils conçurent un projet de constitution. Ce sera la Constitution de 1843.

En prenant le pouvoir, les hommes de Praslin n’ont pas su montrer qu’ils étaient différents de Jean-Pierre Boyer. Charles Rivière Hérard, expression de ce mouvement et devenu Président à son tour, fut lui aussi chassé, emporté par le complot ourdi par les boyeristes et contraint de s’exiler avec des personnalités qui avaient organisé éloquemment l’opposition parlementaire. En fomentant ce coup d’état contre les hommes de Praslin, le parti boyeriste proposa la candidature de Guerrier à la présidence. Du 3 mai 1844 au 27 février 1847, intrigues, conspirations et luttes sanglantes opposèrent les Boyeristes aux Rivièristes. Trois présidents se succèdent : Philippe Guerrier, Louis Pierrot et Jean Baptiste Riché.  Les boyeristes inaugurèrent la politique de doublure qui consistait à porter au pouvoir un noir ignorant pour diriger le gouvernement en son nom. C’est malheureusement notre Haïti où « hier » et « aujourd’hui » assurent la permanence de manière coriace. L’approche mécanique des faits historiques tels que présentés sommairement en rapport avec les tenants du pouvoir et de leurs opposants apporte un éclairage sur notre mode de fonctionnement. Elle permet de saisir l’enchevêtrement contextualisé de la trame des évènements demeurant encore le modèle politique aux sources intarissables où les hommes et les femmes politiques de la cité viennent s’abreuver.

Néanmoins, ne faut-il pas, par-delà le contexte historique, interroger et scruter le phénomène de la colonisation ? Aimé Césaire, en posant l’équation : colonisation = chosification dans son « Discours sur le colonialisme » publié en 1950, oriente notre réflexion sur le legs colonial et ses stigmates jusqu’à présent indélébiles. Cette chosification, synonyme de toutes les méthodes d’ensauvagement, de violence, de haine raciale, de relativisme moral, s’est enfouie instinctivement en nous, et aussitôt en activité elle se déverse de manière éruptive.   

Leslie Manigat décrit de fort belle manière le poids colonial et historique en ces termes : « C’est l’héritage colonial puis national, avec ses sédimentations et ses érosions différentielles sous forme d’atavisme et de résistance, de séquelles et de résidus, de positions et de résurgences d’autant plus possibles, que chez nous, la longue durée, en l’altérant certes, maintient le passé vivant »

En partageant ces donnes historiques, je veux rappeler à mes frères et sœurs haïtiens et haïtiennes qu’il n’y a pas de génération spontanée.  Nous sommes les causes de nos malheurs et ensemble nous devons être en mesure d’identifier le mal et envisager comment sortir du bourbier. Des propos acerbes ! Des paroles qui détruisent ! Des prises de position de chapelle ! nous avons démontré une adroite et rare habilité à « dynamiser le recul » pour reprendre l’expression du professeur.

La dynamique du recul, c’est se complaire dans un individualisme primaire, sauvage, à défaut de toute forme de solidarité agissante envers la collectivité.

La dynamique du recul se manifeste avec les forces vives du pays qui, tout en étant conscients de parodier la démocratie, utilisent le double discours.

La dynamique du recul se manifeste dans le démantèlement des Institutions républicaines.

La dynamique du recul se manifeste dans le morcellement de la République entouré de gangs bien équipés et protégés qui ont leur juridiction respective.

La dynamique du recul se manifeste dans la velléité des politiques à armer leurs troupes en vue de remporter les élections

La dynamique du recul consiste à rendre possible constitutionnellement la multiplication des partis politiques- en fait des particules- qui attendent l’occasion pour s’inscrire dans les prochaines compétitions électorales.

La dynamique du recul est le langage manichéen au quotidien des obscurcisseurs : seuls les technocrates peuvent diriger efficacement le pays ; les politiciens sont catégorisés comme étant tous des corrompus et nuls à travers le prisme convenu par l’expertise des puristes.

La dynamique du recul, c’est inaugurer et mettre en marche l’industrie nationale du crime organisé, du kidnapping contre rançon, de la rendre séduisante et florissante, jusqu’à en faire d’elle une habitude devenue maintenant habitus.

La dynamique du recul se manifeste dans la manipulation d’un discours pernicieux, manichéiste qui inocule aux frères et sœurs haïtiens et haïtiennes le venin de la discorde et de la haine.

La dynamique du recul se manifeste dans la perte totale de notre souveraineté.

Il faut se rendre à l’évidence que nous sommes tous dans le même bateau qui prend de l’eau et fait naufrage. Comment donc redresser la barque ?  C’est un véritable pari qui peut être relevé si l’on peut se défaire de son ego. L’Haïtien doit se parler vrai. Les forces vives de la nation, sans esprit de condescendance, doivent cogiter autour d’un plan d’ensemble.

Pour la Fusion, Il demeure indispensable de construire une nouvelle Haïti. Réfléchissons sur les échecs répétés des élites et les causes de nos malheurs, sur la présente situation politique, économique, sociale, environnementale, sécuritaire, démographique du pays. Présentons une offre politique innovant à travers un projet national. 

Pour la Fusion, il nous faut construire une plateforme politique solide, composée d’organisations politiques, de personnalités et des organisations de la société civile pour les prochaines élections.

Pour la Fusion, il nous faut une offre politique innovant à travers un projet national axé sur la modernisation de l’état et de l’économie du pays, la reconquête de notre souveraineté, la justice et la justice sociale, la stabilité politique.

Pour la Fusion, il nous faut la signature d’un Pacte de Gouvernabilité.

Il faut qu’Haïti se réveille et se transforme !

REVEILLONS- NOUS. REVEILLONS HAITI DE SA LETHARGIE ET TRANSFORMONS-LA !

Edmonde Supplice Beauzile

Edmonde Supplice Beauzile, une personnalité politique haïtienne, qui a joué un rôle significatif dans la vie politique de son pays. Elle a été membre de la Chambre des Députés et du Sénat, et elle a dirigé le Parti Fusion des Sociaux-Démocrates Haïtiens(PFSDH-FUSION) de septembre 2011 à date.

Visitez https://www.partifusion.ht/

Je peux vous en dire plus sur son parcours. Edmonde Supplice Beauzile est née le 14 octobre 1961 à Balladère et a grandi là-bas ainsi qu’à Maïssade. Elle a étudié les sciences juridiques à l’Université d’État d’Haïti et a obtenu une maîtrise en éducation à l’Université de Montréal en 1993. Elle a siégé à la Chambre des Députés de 1990 à 1994 et au Sénat haïtien de 2006 à 2012, où elle a également occupé le poste de vice-présidente.

Malgré les défis politiques et sociaux auxquels elle a été confrontée, Edmonde Supplice Beauzile a continué à jouer un rôle actif dans la vie politique haïtienne. Copilot (MS IA)  pour voir plus : Edmonde Supplice Beauzile: « J’ai toujours rêvé d’être de celles qui prennent les décisions » (lenouvelliste.com) ;  Winnie Hugot Gabriel ,                 22 sept. 2015 | Lecture : 7 min.

et suivez nous sur : https://web.facebook.com/parti.fusion.ht?_rdc=1&_rdr ; https://www.youtube.com/channel/UCaI_DpyWIYNuQQpxPTHnGaw

[1]C’une citation puissante ! Elle évoque la chute d’une nation qui, malgré un départ
promoteur, finit par se dégrader et perdre sa grandeur. Les mots d’Edmond Paul
nous invitent à réfléchir sur la fragilité des sociétés et idéaux.

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Serge Gilles, l’homme qui a cru dans la force de la jeunesse haïtienne https://www.partifusion.ht/serge-gilles-lhomme-qui-a-cru-dans-la-force-de-la-jeunesse-haitienne/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=serge-gilles-lhomme-qui-a-cru-dans-la-force-de-la-jeunesse-haitienne https://www.partifusion.ht/serge-gilles-lhomme-qui-a-cru-dans-la-force-de-la-jeunesse-haitienne/#respond Thu, 29 Feb 2024 21:50:00 +0000 https://www.partifusion.ht/?p=4886 Ma rencontre avec le Sénateur s’est terminée par une découverte, que je partage avec vous. Après avoir réalisé un interview avec un historien haïtien de…

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Ma rencontre avec le Sénateur s’est terminée par une découverte, que je partage avec vous.

Après avoir réalisé un interview avec un historien haïtien de renom dans le cadre des recherches en sociologie politique, ce dernier a trouvé mes idées intéressantes et il m’a proposé son aide pour me faire rencontrer un monsieur qui saurait les apprécier davantage. Et, quand il m’a donné le numéro de contact, c’était l’ancien Sénateur Serge Gilles, l’un des figures de proue du milieu politique haïtien Post-Duvalier. Vite fait, j’ai eu la confirmation avec lui par téléphone, il a accepté de me rencontrer. Ancien sénateur de la république d’Haïti à deux reprises, fondateur du parti IFOPADA depuis la France et fondateur du Parti FUSION, à l’époque il était membre d’honneur du Parti, était très enthousiasmé à me rencontrer. Chez lui, le jour où j’ai rencontré le Sénateur, j’étais surpris de croiser avec son esprit ouvert et jeune, plus jeune que le mien, au moment j’avais à peu près une trentaine d’années. Je ne lui ai pas osé demander comment il connaissait toutes les expressions orales de la jeunesse haïtienne contemporaine, vu son âge ? J’avoue que j’étais très à l’aise avec son attitude, les discussions étaient faciles ; il était quelqu’un d’optimiste et plein d’espoir pour la jeunesse. Nous avons entamé des débats sur des sujets divers, dont un bref extrait (Questions, réponses) que je décide de partager avec vous, qui concerne ses bonnes intentions sur l’avenir politique du parti FUSION et de ses espoirs pour la génération future.

Dans nos discussions ouvertes, à un certain moment je lui ai posé plusieurs questions ; dont l’une sur les moyens utilisés pour atteindre le pouvoir politique ? son opinion :

 S. Gilles : La stratégie est d’abord une bonne implantation du parti, participer aux activités politiques, faire beaucoup d’effort pour qu’il y ait de bonnes élections dans ce pays, faire en sorte que la jeunesse soit intéressée par la politique car la jeunesse est le ‘ « poto mitan’ »[1] de cette nation. Si tu ne travailles pas avec la jeunesse, tu ne vas nulle part.

Ce que nous ne savons pas du parti FUSION d’après Serge, il est important de travailler sans relâche afin de mettre en place un système, permettant d’infuser des termes politiques dans notre discours de tous les jours. Il croyait que le meilleur moyen d’implanter la démocratie en Haïti, passe d’abord par un apprentissage des termes politiques et démocratiques. Il a compris que la meilleure stratégie se résume par le travail acharné avec les jeunes et la prise du pouvoir politique par de bonnes élections, afin d’élargir le processus d’apprentissage.  Il est l’investigateur des écoles de parti au sein de la FUSION, dans le cadre de la réalisation de ses idées novatrices pour les jeunes, il n’a pas pu mater l’envie de partir qui hante cette jeunesse haïtienne de plus en plus méfiante à l’égard de leur patrie. Car les difficultés rencontrées dans le processus jouaient contre lui et repoussaient son rêve :

 Moi-même : Quelles sont les difficultés rencontrées dans le processus de formation ?

S. Gilles : Nous avons une chance d’avoir un siège, le siège nous permet d’être en contact avec la jeunesse, nous sommes l’un des seuls partis à avoir un siège. À mon retour au Pays en 1986, il n’y avait pas de parti politique présent sur le territoire ayant une adresse, à l’époque c’était mal vu d’être membre d’un parti politique, ceci était un héritage laissé par les Duvalier, il n’y a jamais eu de concept politique dans notre langage haïtien. La période des Duvalier était régnée par la peur, personnes n’avait le droit de penser, ni de parler ; tout ce qui a rapport au  » isme » était interdit, les tontons macoutes (milice du régime) les prenaient pour communisme qui était totalement interdit dans le pays. La formation nous permet de faire des recrutements au sein du parti, mais à chaque 50 personne formée, il y a une trentaine qui n’est pas intéressées à devenir membre de la FUSION. Mais notre plus grande difficulté c’est que les jeunes après les séances de formations ils partent. Récemment nous avons formé une quantité de jeunes au parti qui sont présentement au Chili.

Malgré toutes les difficultés rencontrées, il a continué à croire dans la jeunesse, il a misé ses objectifs à long terme sur cette jeunesse, il pensait qu’il n’y a pas meilleur chemin que celui de prendre le pouvoir politique et implémenter la politique de la FUSION, c’est son plus grand rêve, disons que c’était son plus grand rêve :

S. Gilles : à long terme comme tout parti, c’est la prise du pouvoir (rire !!), ce ne sera pas demain, ni après demain, je ne pense pas que c’est moi-même qui va voir ce jour-là, c’est la raison pour laquelle on prépare les militants, les adhérents, les sympathisants, le peuple haïtien en sommes, pour arriver un jour à prendre le pouvoir et instaurer la sociale démocratie dans ce pays. La sociale démocratie du parti FUSION des sociaux-démocrates consiste à engager ce pays dans un processus de création de richesses, pas pour les approprier mais de les distribuer au peuple haïtien.

Ce que j’ai découvert en rencontrant ce personnage, qui était devenu un ami, un mentor, un guide, forgea mes idées politiques. Il est le premier qui m’a appris à bien évaluer mes idées politiques, car disait-il, une fois le peuple en prend connaissance, tu ne peux plus faire marche arrière. Et, tu dois assurer les conséquences de tes idées quoi qu’il arrive (par illustration, il m’a montré ses cicatrices et le sol en mosaïques cassés par la manche des armes de l’armée d’Haïti ayant fait irruption chez lui, le maltraitant pour ses idées politiques). Il m’a appris l’humilité politique : qui est parfois d’accepter d’être du bon côté de l’histoire, même quand la majorité passe de l’autre côté. Car il y a un dicton disant que la majorité n’a pas toujours raison. Ses idées sont encore vivantes, car le Parti FUSION est bel et bien en exercice, ils perdureront, nous l’encourageons. Même si de ma foi, il n’accepterait pas de voir sa patrie comme telle aujourd’hui.

Ne remue pas dans ta tombe grand frère, tes idées sont bien entretenues.

Que ton âme repose en paix Serge.

Stanley Junior Mésalier

Secrétaire Général P. P. INDIGÈNE d’Haïti


[1] Traduction  »poto mitan » de l’Ayisyen veut dire centre de gravité par exemple.

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Mon parcours avec Serge Gilles   https://www.partifusion.ht/mon-parcours-avec-serge-gilles/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=mon-parcours-avec-serge-gilles https://www.partifusion.ht/mon-parcours-avec-serge-gilles/#respond Thu, 29 Feb 2024 10:13:00 +0000 https://www.partifusion.ht/?p=4897 Le Parti Fusion des Sociaux-Démocrates Haïtiens a décidé de décréter le mois de février 2024 « Mois Serge Gilles » et d’y consacrer un numéro spécial de…

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Le Parti Fusion des Sociaux-Démocrates Haïtiens a décidé de décréter le mois de février 2024 « Mois Serge Gilles » et d’y consacrer un numéro spécial de sa revue « Choublak ». Le Parti a sollicité de la plupart de ceux qui ont côtoyé de près le camarade Serge de témoigner de leur parcours avec lui.

Je me réjouis d’avoir passé près de quarante ans de ma vie en compagnie de Serge, en tant que militant social-démocrate, son directeur de campagne au Sénat, dans le département du Centre en 1987 et 1990, l’un de ses médecins personnels, et ami de la famille. Nous étions si proches que ma mère, de regrettée mémoire, le considérait comme l’un de mes substituts paternels. C’est donc un honneur et un plaisir d’y participer.

Je ne prétends nullement faire œuvre d’historien. Je souhaite seulement, en toute simplicité, partager avec les camarades, au gré de mes souvenirs, quelques moments marquants, quelques souvenirs que je garde de celui que je considère comme le plus important de mes mentors en politique !

Dois-je, d’entrée de jeu, affirmer queSerge était un politique, avant d’être un politicien… La différence, pour moi, est de taille ! 

Le parcours

La rencontre avec Serge et Betty

Lorsque j’ai intégré l’IFOPADA (Inyon Fòs Patriyotik ak Demokratik Ayisyen) au début des années 80, je l’entendais désigner par son nom de clandestinité en Haïti. J’allais rencontrer Serge pour la première fois lors de mon premier séjour d’études en France. 

Le jour même de mon arrivée, un samedi soir, il m’annonçait, calmement, comme si de rien n’était : « Tu as rendez-vous au Quay d’Orsay lundi matin ! » Imaginez ma surprise ! Premier séjour en France, et un rendez-vous à la Chancellerie Française 48 heures plus tard, avant même que j’aie le temps de m’acclimater et de retrouver mes marques dans mon nouvel environnement.

Serge m’expliqua que je n’avais pas le choix, qu’il n’avait pas le choix non plus. Trois mois plus tôt, des amis de l’opposition anti-duvaliériste, non membres de l’IFOPADA, avaient été arrêtés dans le cadre de « l’Affaire Lainé ». Il me fit comprendre, sans grande difficulté, que, vivant en France depuis près de 25 ans, mon témoignage, pèserait plus dans la balance que le sien, parce que je venais tout juste de rentrer d’Haïti. 

Pendant cette rencontre du Quai d’Orsay, la décision fut prise de déléguer en Haïti, auprès du gouvernement de Duvalier, dans les plus brefs délais, la « Mission Rostoker », du nom d’un haut fonctionnaire du Quay d’Orsay. A leur sortie de prison, plusieurs mois plus tard, mes amis m’ont informé du changement radical de leurs conditions de détention avant même l’arrivée de cette mission…

Pendant ce séjour d’études, je logeai au Foyer International de Massy, à moins de 15 minutes à pied du Foyer International de la Cimade, que Serge a dirigé pendant de nombreuses années avant son retour en Haïti. Issue de la mouvance protestante française, Faut-il rappeler que la Cimade, créée en 1939, s’est donné pour mission « de manifester une solidarité active avec les personnes opprimées et exploitées. Elle défend la dignité et les droits des personnes réfugiées et migrantes, quelles que soient leurs origines, leurs opinions politiques ou leurs convictions. »

Chaque fois que mon emploi du temps me le permettait – et, croyez-moi, je faisais tout pour me créer du temps – j’allais passer le week-end à la résidence de Serge et Betty, au Foyer International de la Cimade. C’était l’occasion de longs et interminables échanges, qui se prenaient fin au petit matin, et qui reprenaient au petit-déjeuner. Des nuits de veille où passait tout : les analyses pointues de la conjoncture politique en Haïti, les considérations géopolitiques dans le monde, particulièrement les évolutions politiques en Afrique et en Amérique Latine. Le Foyer International de la Cimade accueillait de nombreux réfugiés non seulement d’Haïti, mais aussi d’Afrique et de l’Amérique Latine. Nombre de ces réfugiés deviendront des figures marquantes de la politique de leur pays dans la mouvance du retour à la démocratie…

Une anecdote, en passant : chaque fois que j’arrivais chez Serge. Il faisait venir au salon deux verres et au moins une bouteille de « tranpe » d’Haïti. Je m’en régalais, bien évidemment, sans faire attention… C’est au retour de Serge en Haïti que j’ai appris qu’il ne buvait pas d’alcool ! Le malin !

Nous étions en 1985… Des signes d’essoufflement du régime des Duvalier devenaient de plus en plus évidents… février 1986, Duvalier partait pour l’exil… en France…

Le retour et la première visite à Maïssade

Serge et Betty rentrèrent en Haïti dans les premières semaines qui ont suivi le départ de Duvalier, accompagnés d’amis de la Cimade, et de nombreux amis de ce que nous appelons ici la « société civile » et de la classe politique françaises, particulièrement du Parti Socialiste Français dont ils étaient très proches.

Médecin dans le Plateau Central, à Thomonde, depuis 1983, j’eus donc le plaisir d’accompagner les amis et leur suite jusqu’à Maïssade, ville natale de Serge.

L’accueil fut chaleureux. A Hinche, Serge avait retrouvé, en plus de ses parents proches et éloignés, des anciens condisciples du Lycée Dumarsais Estimé où il avait été Moniteur d’éducation physique avant son départ comme boursier de l’État, qui allait se transformer en un exil de plus de deux décennies. Il avait aussi retrouvé des anciens clients de son salon de coiffure, pour ne citer que cela…

A Maïssade, je me rappelle, dans la liesse de l’accueil du retour, avoir vu des gens essuyer des larmes…

La formation du Parti National Progressiste Révolutionnaire Haïtien (PANPRA)

Quelques mois après le retour de Serge en Haïti, des divergences profondes surgirent au niveau du Directoire de l’IFOPADA, portant sur la ligne à suivre par le parti après le départ de Duvalier. Certains croyaient dur comme fer que le parti devait garder une branche dans la clandestinité. Je me rappelle que la position de Serge et de la plupart des camarades était claire, sans dogmatisme : « Ceux qui sortent de la clandestinité et qui optent publiquement pour la lutte démocratique, ne peuvent plus y retourner ! ». 

Je me rappelle aussi qu’il n’y eut ni récriminations, ni tension. La décision fut donc prise de créer une nouvelle structure politique de tendance social-démocrate. De Thomonde, j’ai suivi la conférence de presse annonçant la création du nouveau parti, le PANPRA.

La Fondation Jean François Exavier

Serge ne cessait de répéter qu’une organisation politique se devait de disposer d’un « bras social », dont la vocation devait être d’apporter des réponses concrètes à des problèmes nationaux.

A la chute des Duvalier, de nombreux haïtiens de la diaspora ont décidé de rentrer au pays. Serge, ancien réfugié lui-même, et ses proches, décidèrent, sur la base d’une analyse des conditions de ce retour, et fort de son expérience d’ancien militant de la Cimade et d’ancien Directeur du Foyer International de la Cimade à Massy (banlieue Sud de Paris), contribua à la création d’une structure de réinsertion des rapatriés en Haïti.

Plus tard, cette structure deviendra la « Fondation Jean-François Exavier », du nom d’un ancien réfugié haïtien en République Dominicaine, membre du PANPRA, rentré au pays et décédé quelques années plus tard. La Fondation Jean François Exavier, s’est non seulement investi dans la réinsertion des rapatriés, mais également dans le développement en général. Je garde le souvenir des réunions au Centre de Maseillan, dans le Sud, ou encore des ateliers de fabrication de tuiles…

La période Blòk Inité Patriyotik

Serge Gilles était un rassembleur.

Déjà l’IFOPADA était un rassemblement (Union des Forces Patriotiques et Démocratiques Haïtiennes). Dès son retour en Haïti, Serge prit le temps de faire le tour de pratiquement toutes les organisations politiques du présent et du passé récent d’Haïti, et des organisations de la société civile. En effet, des figures charismatiques de la politique haïtienne sont rentrés d’exil ou ont pu enfin s’exprimer au grand jour : Daniel Fignolé du Mouvement Ouvrier Paysan (MOP), Louis Déjoie II, du Parti Agricole et Industriel National (PAIN), Lesly Manigat du Rassemblement des Démocrates Nationaux Progressistes (RDNP), Thomas Désulmé, du Parti National du Travail (PNT), ou encore Sylvio Claude, Grégoire Eugène, pour ne citer que ceux-là….

Son objectif : contribuer à la construction du front le plus large possible contre toute éventualité d’un retour à la dictature.

Beaucoup de gens se souviennent encore de la période du « rache manyõk par les élections »

Je prenais plaisir à écouter sur les ondes de plusieurs stations de radio ces communiqués qui se terminaient invariablement par : « Serge Gilles, BIP ! ». Suivez mon regard…

Les élections de 1987

Après ce que l’on peut considérer comme un véritable bras de fer entre la population et le Conseil National de Gouvernement (CNG), celui-ci se « résignera » à organiser des élections en novembre 1987, Nous connaissons tous la suite de cette aventure…

Emballé dans sa campagne électorale pour un siège de Sénateur dans le Département du Centre, Serge s’inscrivit sur la liste électorale le dernier jour au bureau principal de la commune de Thomonde.

Je l’attendais donc le 28 novembre pour que nous allions voter ensemble le 29 novembre. A la tombée de la nuit, Serge était encore en route…

Un couvre-feu fut déclaré à Thomonde à 7 heures du soir. Quelques minutes plus tard, une militante du Parti vint m’annoncer qu’un bataillon tactique des Casernes Dessalines venait d’être déployé dans la ville. Plutôt de mauvais augure… Serge arriva chez moi après 21 heures. Tranquillement. Je lui fis part immédiatement de la situation. Il n’en parut absolument pas troublé. Il s’installa avec sa suite et dégusta, apparemment satisfait, l’excellent repas que l’équipe locale lui avait préparé.

Un peu avant minuit, Serge m’annonça qu’il devait impérativement se rendre à Hinche pour des ultimes directives á l’équipe locale de campagne, et qu’il reviendrait la nuit même, pour accomplir son devoir civique à Thomonde. Vous imaginez ma surprise… Je passai donc la nuit à attendre, jusqu`à ce que je sois dérangé aux environs de 7 heures du matin par des coups de feu dans la rue où j’habitais… Ma maison était encerclée quelques secondes plus tard…

 Le Congrès du Parti National Progressiste Révolutionnaire (PANPRA) de 1989 et l’Alliance Nationale pour le Développement et le Progrès (ANDP) : Un choix stratégique 

L’échec des élections de novembre 1987 ne mit pas un cran d’arrêt à la ferveur populaire et à la lutte démocratique du peuple haïtien.

Les élections étant incontournables, les directoires des différentes organisations politiques et organisations civiles se remirent vite au travail et le paysage politique se recomposa, entre autres, avec la formation de l’Alliance Nationale pour la Démocratie et le Progrès.

L’organisation du Premier Congrès du PANPRA en avril 1989 fut un moment fort de cette période, dont nous nous souvenons tous…

Les élections de décembre 1990 

Nous en connaissons tous l’histoire. Je veux rappeler ici que l’ANDP devint la deuxième force politique du pays, avec 17 élus au Parlement, nos devanciers en ayant 27.

Notre contribution fut importante avec, pour la première fois dans l’histoire récente de notre pays, l’apparition d’un « Bloc parlementaire Socialiste » au niveau de l’Assemblée Nationale. Cette avancée semble devoir durer, car dans toutes les législatures qui ont suivi la 45ème, la tendance s’est maintenue…

Les années 2000 et la formation de la « Fusion »

Je laisserai à d’autres le soin de revenir sur cette période. Il y en aurait trop à dire dans le cadre d’un simple article de remémoration de la vie d’un camarade.

Courageusement, et patiemment avec les camarades, Serge a travaillé à la formation du « Parti Fusion des Sociaux-Démocrates Haïtiens ».

Je me rappelle encore nos blagues sur la métaphore de la limonade ! Et j’en ris encore !

L’héritage

Il ne passe pas une journée sans que j’aie à penser à une formule, une image, une expression de Serge. Pour lui, le choix de la démocratie entraînait des exigences politiques et éthiques.  Je veux signaler ici celles qui me reviennent le plus souvent. Peut-être que certaines ne sont pas de son cru. Il les a alors adoptées au point de les faire siennes.

Le dialogue et la concertation

De l’IFOPADA à la FUSION, en passant par le Blòk Inite Patriyotik, le Comité d’Entente Démocratique, l’Alliance Nationale pour la Démocratie et le Progrès, l’Espace de Concertation, etc, Serge a toujours promu et tenté de rassembler les forces de progrès, seule voie pour bâtir une nouvelle Haïti.

Il n’y a pas de questions indiscrètes

Conscient de la valeur de la parole dans les relations humaines en général, mais aussi dans la pratique politique, Serge répétait souvent :

« On est maître de ce que l’on pas dit, et esclave de ce que l’on a dit. »

Et dans le prolongement de cette même idée :

« Il n’y a pas de questions indiscrètes. Seules les réponses peuvent l’être. »

Combien sont-ils aujourd’hui à pouvoir revendiquer cette éthique dans leur prise de parole, publique ou privée ? J’espère que vous partagerez avec moi vos réponses…

« On ne peut faire de la politique qu’avec ce que l’on a »

Réaliste, Serge ne se faisait pas d’illusion sur notre situation de peuple. Le changement s’opèrera avec les ressources endogènes, celles dont nous disposons.

« Faire de la politique avec ce que nous avons », c’est compter sur notre sol, notre sous-sol, nos rivières, notre relief, notre climat, et surtout les jeunes, les femmes et les hommes du pays et de la diaspora, qui constituent notre principale richesse.

Le consensus suffisant

L’autoritarisme et l’unanimisme conduisent droit à la dictature, Au Directoire du Parti, ou dans les espaces de dialogue et de concertation, Serge recherchait et nous a appris à rechercher le consensus suffisant, tâche ardue dans notre société d’egos hypertrophiés.

Le Pacte de gouvernabilité

Je ne me rappelle plus à quel moment Serge a commencé à faire usage de ce concept dans pratiquement toutes ses prises de parole publiques

Le sujet est d’actualité plus que jamais.

Faire confiance

Serge a dû avoir croisé Alain Peyrefitte. Nous lisons dans Wikipedia, à l’article consacré à cet homme d’état français, proche du Général De Gaule :

« En 1995, Alain Peyrefitte publie un essai intitulé La Société de confiance, dans lequel il étudie les causes du développement et du sous-développement dans le monde, approfondissant ainsi une idée déjà abordée dans Le Mal français. Nombreux exemples à l’appui, il avance l’idée selon laquelle les principaux facteurs du développement et du sous-développement ne sont pas à rechercher dans certaines causes matérielles classiquement avancées telles que le climat ou les ressources naturelles, mais dans ce qu’il appelle le « tiers facteur immatériel », c’est-à-dire la culture, les mentalités. Plus précisément, le ressort du développement résiderait dans la constitution d’une société de confiance, confiance que l’État accorde à l’initiative individuelle, et surtout confiance que les individus accordent à l’État, se reconnaissent entre eux et se font à eux-mêmes. Ce serait notamment cet « éthos de confiance » qui, en bousculant des tabous traditionnels et en favorisant l’innovation, la  mobilité, la compétition, l’initiative rationnelle et responsable, aurait permis le développement de l’Europe occidentale ces derniers siècles. » 

Que l’on me pardonne cette longue citation. Je ne sais combien de fois j’ai entendu Serge répéter que nous ne pouvons rien construire sans faire confiance. Il faut faire confiance jusqu’à l’erreur. Il ajoutait « Mais persister dans l’erreur est diabolique ! » avec ce large sourire qui était le sien.

 Puisse la vie et l’engagement de Serge Gilles nous inspirer, et inspirer les générations montantes et à venir !

Dr. Jean Hugues HENRYS

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Serge Gilles, l’homme de consensus, promoteur de la Fusion https://www.partifusion.ht/serge-gilles-lhomme-de-consensus-promoteur-de-la-fusion/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=serge-gilles-lhomme-de-consensus-promoteur-de-la-fusion https://www.partifusion.ht/serge-gilles-lhomme-de-consensus-promoteur-de-la-fusion/#respond Thu, 29 Feb 2024 10:08:00 +0000 https://www.partifusion.ht/?p=4894 Pourquoi ce titre ? Parce que Serge cherche toujours à s’associer aux autres pour trouver une solution aux problèmes qui se posent. « Je veux faire…

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Pourquoi ce titre ?

Parce que Serge cherche toujours à s’associer aux autres pour trouver une solution aux problèmes qui se posent. « Je veux faire partie de la solution et non du problème », était son slogan préféré. Ceux qui ont l’âge pour se souvenir de l’acte odieux du 29 Novembre 1987 commis sur les électeurs, particulièrement à la ruelle vaillant.

Au cours de ces élections, Me Gerard Gourgue candidat du Front National de Concertation avait semblablement de fortes chances de remporter ces élections. Suite à ces évènements douloureux, Serge avait compris et avait tiré la leçon. La société haïtienne et l’establishment américain n’étaient pas encore prêts pour un pouvoir de gauche en Haïti disait-il.
Il a tout de suite pris la décision de rectifier le tir, et pour bien montrer que la gauche n’est pas le démon qui fait peur et qu’on doit éviter à tout prix, il décide donc de faire alliances avec le MIDH de Marc Bazin et le MP28 de Dejean Bélizaire créant ainsi l’ANDP. Ce geste lui a valu des critiques acerbes dont il fait peu de cas car pour certains c’était une alliance contre nature.

Après le premier mandat d’Aristide, et l’arrivée de Préval à la Présidence, il reprend son bâton de pèlerin et forme avec Evans Paul, Turnep Delpé, René Théodore pour ne citer que ceux-là, le groupe des six, et prône l’idée d’une conférence nationale. Une idée que Delpé n’a jamais abandonné jusqu’à sa mort.

Ce bref rappel c’est pour vous montrer que l’idée de la fusion bouillonne dans la tête de Serge depuis longtemps et pour être plus précis depuis 1981 au congrès du parti socialiste Français à Epinay, où François Mitterrand avait été désigné pour représenter le parti face á Giscard d’Estaing. Je peux vous le rassurer, car durant mon séjour en France au cours des années 84,85,86 je lui rendais visite souvent et il m’en parlait de son intention de voir un jour un parti socialiste Haïtien avec tous les gens de la gauche modéré en Haïti.

Je lui disais que ça allait être difficile. Difficile mais pas impossible, me disait-il.

Après maintes associations, maints regroupements dont l’espace de concertation, la convergence, il décide de se lancer pour de bon dans la bataille pour la formation du parti socialiste haïtien (PSH).

Le premier contacté fut René Théodore qui répond par l’affirmative mais à condition que Gérard Pierre Charles n’y fasse pas parti. Sans mot dire il s’entretient avec ce dernier, car Serge n’est pas du genre à éliminer qui que ce soit au sein d’un parti, pour lui un parti politique est une association de volontaires.

Pierre Charles donne son accord même avec René Theodore. Le hic pour Gérard Pierre Charles, était que les autres ténors de l’OPL étaient d’avis contraire. Il décide faire cavalier seul et croit pouvoir les convaincre plus tard. Victor Benoit, Evans Paul, Claude Roumain sont bien d’accord mais demandent un temps de réflexion. Dr Robert Auguste, devenu le personnage principal de « Haïti Kapab » à la mort de Ernst Verdier, donne son entière adhésion au projet. Les discussions, les négociations ont duré  environ trois ans et plus. Finalement vers le milieu de l’année 2005, le pacte est signé et chacun s’engage à dissoudre leur propre parti afin d’être disponible pour la Fusion un mot très cher à Victor Benoit qui insiste pour que le nouveau parti prend le nom de FUSION DES SOCIO-DEMOCRATES HAITIEN (PFSDH).

On se congratule, on fait des projets. Brusquement Gerard Pierre Charles demande à Evans Paul de lui dire la raison pour laquelle il n’a pas signé le document. L’euphorie était telle que les autres ne s’étaient pas rendu compte de l’absence de signature de (KP) mais comme Pierre Charles était le dernier à signer il s’interrogeait. A la question de Gerard, Evans répond qu’il a un petit problème au niveau du KID, il tient à le résoudre avant pour ne pas handicaper les autres. Les autres ont compris et un délai de huit jours lui a été accordé pour se mettre en règle avec son parti.

Il n’est jamais revenu, et pour toute réponse il se déclare candidat à la Présidence et ce par la voix d’un Dominicain du nom de Alejandro Bonifacio au cours d’un rassemblement du KID à bourdon. Alejandro Bonifacio déclare dans son discours en espagnol et je cite : « EL PROXIMO PRESIDENTE DE LA REPUBLICA DE HAITI SENOR EVANS PAUL ».

Tout de suite après Claude Roumain désiste, prétextant qu’il ne compte pas monter dans une voiture qui va être à court d’essence, cela ne vaut pas la peine d’après lui. Le décès de Gérard Pierre Charles ramène le groupe à trois car les autres ténors de l’OPL s’y étaient déjà opposés.

La FUSION finalement est donc réduit à trois membres. Serge Gilles du PANPRA, Victor Benoit du Konakom, Dr Robert Auguste de Haïti Kapab. Voilà en bref l’histoire du parti socialiste que Serge voudrait voir comme un instrument stratégique à longue durée. Il est parti, il nous a laissé avec beaucoup de chagrin, mais la Fusion demeure. Le parti avec toutes les difficultés rencontrées tient fermement la route.

Dr. Debussy DAMIER

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Trois années après ton départ physique parmi nous, je me donne un bonheur sans égal pour t’adresser cette correspondance porteuse d’un message de douleur sans fin, d’une séparation qui n’entrera jamais dans les habitudes.

Mon ami et camarade_

Je commencerai le texte avec deux paroles : une que j’ai eue avec mon frère Beauzile, l’autre avec sa femme. Dans une de ces rencontres historiques sur ta galerie chaque mardi, en te regardant et en te lisant, j’ai dit à mon ami : « Si Dieu pouvait lui donner un autre cœur, je serais content. » On était en 2019.

Avec la Présidente, Madame Edmonde BEAUZILE, il y a eu un complot pour réussir à vous faire vivre au local du Parti cette grande expression publique d’amour de nous tous à ton égard, sur le modèle d’homme inspirant que tu as l’honneur d’être.

Malheureusement, tu es parti et la fête n’a pas eu lieu. Un regret san fin.

Depuis cette occasion, a germé l’idée de ne pas faire de la mort la seule condition pour s’exprimer sur la vie d’un ami, d’un camarade.

Le mois de la mémoire

Le mois de février t’est bien consacré. Choublack, le journal du Parti, ne dira que de toi, de ta réelle histoire, une douce enseignante, un agréable miroir. Le directoire du Parti est constructeur de ce noble projet.

Dans le grand désarroi que la situation actuelle du Pays nous conduit tous, je sens qu’il est opportun de faire communication spirituelle avec toi pour t’en parler et espérer ton souffle si généreux pour une orientation plus en harmonie avec nos aspirations de Patriotes convaincus.

La terre pour laquelle tu as tant lutté, la terre pour laquelle tu as consacré la plus grande partie de ton temps terrestre, la terre que tu espérais accueillante pour tous ses fils et filles, la terre pour laquelle tu as laissé la seule vraie méthode pour bousculer les antagonismes inutiles entre les forces vives du Pays à savoir : « LE CONSENSUS », depuis ton départ regrettable n’a pas fait de pas en avant. Il est par contre, toujours dans nos préoccupations et nous nous y engageons avec une détermination plus forte. Il est la voie unique du renouveau.

Parce que tu es en adoration de détails, parce que je sais aussi tu as un don particulier pour recevoir ce qui te dérange avec sérénité, je vais te dresser un petit tableau de nos réalités quotidiennes.

 Le plus grand mal aujourd’hui c’est l’insécurité qui couvre la plus grande partie du territoire. Les bandits dictent leurs lois et donnent aux citoyens un rythme nouveau de vie. J’épargne à tes oreilles le chiffre effarant du nombre de personnes tuées ou kidnappées depuis ton départ.

 Ils sont très nombreux les compatriotes qui ne peuvent plus vivre tranquillement dans leurs demeures. Ils sont en mouvement vers des espaces plus calmes qui se rétrécissent de jour en jour. Les enfants sont dans la tourmente.

La Production Nationale si elle n’est pas inexistante, elle est au niveau le plus bas. La vie chère frappe au quotidien toutes les familles haïtiennes. Se déplacer librement d’un point du territoire à une autre relève d’un fantasme irréalisable.

Toi qui parlais de Couverture forestière et de campagne de reboisement à réaliser, je te dis que la terre est dans une calvitie trop avancée. Il me semble comprendre que pari est pris de faire du Pays un désert total.

Te rappelles-tu avoir dit sur Radio Kiskeya dans une dernière interview que le taux de change entre la gourde et le dollar allait passer à 60% et que l’on ne t’avait pas cru. Aujourd’hui, il dépasse le double, soit 132%. Trois années après ton départ, l’ailleurs devient la seule porte de sortie.

Le Projet Biden seulement en une année c’est déjà plus de 150 000 de toutes conditions… Sans mentionner le Brésil, le Canada et les Caraïbes. Cette saignée humaine nous rappelle ce que, les Européens, au 17e siècle, avaient réalisé sur le continent africain. Privé de ses cerveaux, il lui était impossible de faire des pas en avant.

Si tu étais là, je suis certain que tu ferais l’analyse pour nous indiquer la direction dans laquelle on veut engager le pays.

Les conséquences sur l’administration Publique dépassent l’entendement. Le tableau n’est point reluisant et tu dois t’en rendre compte.

Dans ce décor pas du tout gai ou la perte de l’espoir semble gagner tout le monde, le Parti lance une grande campagne nationale autour du slogan de combat « Ayiti pap peri ».

Nous gardons intacte notre ferveur patriotique, elle ne nous abandonnera pas. Nous nous situons, comme tu nous l’as enseigné dans notre mission sacro-sainte d’œuvrer, de participer à la rédemption de la cité. Nous vivons dans une conjoncture certes difficile mais non insurmontable.

Ton départ crée une permanente douleur dans nos cœurs de FUSIONNISTES et nous ne cesserons de penser à ce grand homme politique, le Patriote, le Généreux qui a fait de sa trajectoire sur la terre un modèle d’inspiration pour ambitionner au bénéfice de la PATRIE Commune, la Rédemption nécessaire.

Le slogan existentiel : « AYITI PAP PERI » est notre leitmotiv de tous les instants car nous avons la mission d’être les acteurs privilégiés du Renouveau de notre Patrie commune. Au carnaval de Jacmel nous l’avons exprimé et nous devons trouver d’autres circonstances pour ranimer l’espoir de toute la Nation. Ne l’oublions jamais les Fusionnistes sont porteurs d’espoirs nouveaux.

Le modèle d’homme exceptionnel que tu as été demeure pour nous un miroir dans lequel nous prenons agréable refuge. Toujours au-dessus de la mêlée, tu cherchais inlassablement la recette du rassemblement utile parmi nous.
Tes généreuses idées empreintes d’humanité semées dans nos cerveaux sont toujours présentes et nous les portons comme signes distinctifs de patriotes toujours prêts à apporter leurs contributions dans la construction de l’édifice national.

Le Pacte de gouvernabilité, ton Pacte, notre Pacte attend son temps. L’engagement pour y parvenir est chez nous dans sa permanence.

Merci d’avoir été parmi nous camarade Serge. Merci par tes idées de rester en nous et de conduire nos démarches.

Repose en paix mon ami.

Mes amours pour toi ne flétriront jamais, elles sont dans leurs dimensions démesurées.

Merci, Au revoir Camarade

                                                                                                                                                                                                                          Merci, Au revoir Camarade

Me Mozart CLERISSON

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Il restera de toi…
Il restera de toi ce que tu as donné.
Au lieu de le garder dans des coffres rouillés.
Il restera de toi de ton jardin secret,
Une fleur oubliée qui ne s’est pas fanée.
Ce que tu as donné, en d’autres fleurira.
Celui qui perd sa vie, un jour la trouvera.
Il restera de toi ce que tu as offert
Entre les bras ouverts un matin au soleil.
Il restera de toi ce que tu as perdu
Que tu as attendu plus loin que les réveils,
Ce que tu as souffert, en d’autres revivra.
Celui qui perd sa vie, un jour la trouvera.
Il restera de toi une larme tombée,
Un sourire germé sur les yeux de ton cœur.
Il restera de toi ce que tu as semé
Que tu as partagé aux mendiants du bonheur.
Ce que tu as semé, en d’autres germera.
Celui qui perd sa vie, un jour la trouvera.

                                                            S. Weil, Philosophe Humaniste

A travers ces vers, j’entends la voix du premier d’entre nous, Serge Gilles s’adressant au Parti fusion, lui disant : « ce que j’ai semé, en vous survivra ». Mais alors, comment ? 

Dans les années 78-80 Serge a créé avec ses camarades le mouvement Charlemagne Péralte, qui par la suite devint le Parti politique IFOPADAH (Union des Forces Patriotiques et Démocratiques Haïtiennes). Ce parti, pour lutter sur la scène politique haïtienne contre la dictature des Duvalier, évoluait aux côtés d’autres forces tels que le PDCH, le RDNP, le PUCH etc.

Ce n’est qu’à la chute de ce pouvoir en 1986, que Serge et une partie de son équipe sont rentrés en Haïti pour rencontrer d’autres cellules, d’autres militants ayant les mêmes sensibilités, des objectifs semblables aux leurs et les amener à créer ensemble le PANPRA (Parti Nationaliste Progressistes et Révolutionnaires Haïtiens). Enfin en 2005, deux autres forces, dont Haïti Kapab, le Congrès National des Mouvements Démocratiques (KONAKOM), se sont joints au PANPRA pour former le Parti Fusion des Sociaux-Démocrates Haïtiens (PFSDH).

C’est avec ce Parti que nous continuons à véhiculer les idées que Serge Gilles répandait et qu’il cherchait à propager déjà dans des mouvements comme le BIP (Bloc Unitaire Patriotique) en 1988, Espace de concertation 2004, etc…  Serge Gilles rêvait de voir le peuple haïtien sortir de sa coquille sans substance, de ses luttes fratricides, de ses comportements les plus aberrants, pour garder un certain nombre de traits positifs qui faisait l’originalité de sa personnalité : sentiment d’honneur, amour passionné de la liberté, attachement très vif à la souveraineté nationale, goût de l’héroïsme, courage physique et morale, croyance en une vocation messianique de la nation haïtienne.

Nous lui rendons hommage. Mais hélas ! Amorcé par l’ambition de vouloir sortir la tête de l’eau, nous avons provoqué l’effondrement de pans entiers de la psychologie de bien faire. Ce qui a entrainé, bien sûr, une cohésion de valeurs morales traditionnelles et suscité, à l’inverse, l’apparition ou le renforcement des valeurs strictement négatives. Les membres de la hiérarchie politique nationale n’adhèrent pas à un système de croyance et de valeurs collectives, tenues pour essentielles à l’évolution vers un stade de développement supérieur.

On note une carence très prononcée de consensus sur les problèmes fondamentaux du pays, lesquels n’ont pas encore fait l’objet d’approches cohérentes susceptibles de rallier la majorité de la population. Plus de 38 ans après l’abolition de la dictature des Duvalier, l’élite politique n’a pas réussi à favoriser l’aménagement de mécanisme adaptés à la résolution des conflits inhérents à une société caractérisée en particulier par l’existence de classes sociales antagonistes, une grave pénurie de ressources politiques bien structurée et un faible niveau d’évolution socio-économique.

 Il en résulte que l’intégration et la cohésion indispensables à une action collective efficace restent irréalisables. L’existence d’un degré de consensus minimal ne permet pas d’arrêter une stratégie politique nationale à long terme. Elle a pour effet de porter la lutte pour le pouvoir à des seuils dangereux et de vouer à l’échec toute entreprise de construction nationale. Elle aggrave la vulnérabilité du pouvoir politique haïtien face aux mépris, aux desseins malhonnêtes des Etats étrangers auxquels nous nous sommes toujours subordonnés.

 On constate une carence très nette d’association culturelles à statut indépendant ainsi qu’une indulgence notoire de travaux de recherche sur la problématique haïtienne. La classe politique, de gauches ou de droites, sont loin de former des blocs monolithiques. Chaque groupe est exposé à des dissensions et des rivalités internes qui font que son niveau de cohésion reste en générale assez faible.  Le caractère chaotique de l’évolution politique nationale procède essentiellement des interactions négatives qui s’établissent au sein de la strate politique.

Le fait le plus frappant, à propos du règlement des antagoniste politiques au sein de la société haïtienne, est l’importance exceptionnelle réservée à la force de l’intimidation. Dès la naissance de l’Etat haïtien, les protagonistes de la lutte pour le pouvoir ont transformé l’espace géographique national en un champ de bataille où la victoire reste acquise à ceux des combattants qui se sont rendus maîtres du terrain par la force de leur audace. C’est ce qui arrive aujourd’hui avec les violences des groupes armées qui font régner la terreur dans le pays. Nous avons l’impressions d’être toujours en guerre, sous des formes à peine différentes de celles qu’elle a empruntées jadis. Par atavisme, les générations politiques contemporaines obéissent encore à la loi du sang : la voie conduisant au pouvoir est jonchée de cadavres et de blessés hors de combat.

 Les actes de violences qui forment la trame de l’histoire nationale sanctionnent la faillite de la politique, entendue dans le sens d’activité visant à faire prévaloir des solutions pacifiques. Le recours systématique à la force fait qu’on ne peut utiliser le concept de politique, à propos du règlement des conflits inhérents à la société nationale haïtienne que par un abus de langage.

Le système politique national est étroitement conditionné par le caractère des hommes qui veulent participer à l’organisation et au fonctionnement des institutions. A partir d’exemples de manières d’agir empruntés à l’histoire, on peut établir comme suit l’inventaire des dispositions caractérielles fondamentales de l’homme politique haïtien :

  • Recherche de l’intérêt personnel.

L’activité politique s’inspire en général de l’anticipation d’un bénéfice personnel et durable. Cette préoccupation dominante a pour corolaire une carence presque complète, chez l’agent de l’action politique, de dévouement effectif à l’intérêt collectif. La pratique du désintéressement patriotique reste une notion peu familière aux membres de la strate politique.

  • Individualisme et égocentrisme.

Voué à un individualisme outrancier et étroit, l’homme politique haïtien a tendance à ne penser qu’à lui-même et à adapter la devise « chacun pour soi ». Il est déterminé à assurer le triomphe de ses desseins égocentriques, quel que soit le péril auquel il expose l’ensemble de la nation. Par son attachement aux stratégies individuelles, il appartient à une espèce solidaire et semble éprouver une répulsion instinctive pour l’action collective.

  • Conception absolutiste de l’autorité.

De tempérament autoritaire, l’homme politique haïtien aime à régenter hommes et choses. Il se sent la vocation de chef, assume volontiers le rôle de leader au sein du groupement de taille fort réduite : cercle d’amis et ceux qui se ressemblent, coterie, clique.

Le goût excessif de la domination s’allie chez lui à un esprit d’insubordination et d’anarchie très prononcé. Il est peu disposé à se soumettre à une autorité, à moins d’y être contraint.

  • Esprit d’agressivité

L’agent d’intervention politique est très réservé à l’égard des méthodes de luttes pacifiques, du compromis et de l’arbitrage. Dans la tradition du XIXe siècle, il est enclin à recourir à l’action directe et la manière forte. La vie politique se déroule sous le signe de la violence et de la contrainte, qui empruntent les formes les plus diverses.

  • Machiavélisme.

Le leader politique se considère libre d’utiliser les moyens les plus perfides et les plus malhonnêtes : la compétition pour le pouvoir n’est soumise à aucune déontologie, à aucun code arrêté d’un commun accord. Aussi peut-on relever chez les représentants de l’élite politique nationale des modèles de comportement machiavélique : ruse, probité, défaut de scrupules, malveillance, hypocrisie, déloyauté, fourberie.

  • Opportunisme et servilisme.

L’activité de l’homme politique haïtien a en général un caractère opportuniste : il tend à exploiter les circonstances au mieux de ses intérêts personnels, sans égard aux principes. Sa faible armature morale fournit un terrain propice à la corruption. Le membre de la classe politique se laisse prostituer par le pouvoir, habile à discerner le défaut de la cuirasse. En contrepartie des avantages et des faveurs dont il est bénéficiaire, il manifeste son allégeance au dispensateur par une propension marquée au servilisme le plus abject.

  • Croyances en l’existence de capacités et d’aptitudes personnelles supérieurs.

L’agent de l’action politique possède une confiance absolue dans sa valeur personnelle. Il prétend seul posséder l’approche juste et correcte du problème national haïtien, malgré son extrême complexité.

Cette foi en ses aptitudes personnelles est en générale associée à un complexe messianique : le détenteur du pouvoir ou l’aspirant au pouvoir se sent secrètement investi de la mission d’assurer la survie du peuple haïtien, gravement menacée dans son existence même. Elle alimente des réactions d’intolérance à l’égard des solutions proposés par des concurrents, des rivaux ou des adversaires.

  • Ambition aveugle du pouvoir.

L’un des traits fondamentaux de la psychologie de l’homme politique haïtien est son ambition démesurée du pouvoir, qui prend l’allure d’une véritable névrose. Le pouvoir est convoité de manière passionnelle, de sorte qu’il représente l’objet de controverse essentiel de la strate politique nationale, la pomme de discorde par excellence. Moyen de sauvegarde d’intérêts particularistes plutôt qu’instrument d’intégration nationale. Il constitue la finalité suprême de l’action politique. Consciemment ou inconsciemment, l’homme politique haïtien recherche le pouvoir pour le pouvoir.

  • Caractéristiques secondaires.

Le caractère de l’homme politique haïtien présente de nombreuses particularités secondaires qui se répercutent également sur ses attitudes et ses comportements. Consentons-nous de mentionner :

  • l’amour de l’éclat et de la parole
  • le gout de la flatterie et l’aversion pour la critique sans détours.
  • l’insensibilité aux affronts personnels ainsi qu’aux insultes infligées à la nation haïtienne.
  • la peur excessive de la mort et de la douleur physique.
  • l’indifférence à la condition effroyable de la paysannerie et du prolétariat urbain.
  • le faible niveau d’aspiration au progrès de son pays.

 L’Analyse scientifique du problème haïtien est encore à un stade embryonnaire soit au niveau de l’explication causale, soit au point de vue de la thérapeutique à appliquer. Si les problèmes d’ordre économique ont pu être précisés avec une approximation suffisante, les analystes connaissent moins bien les aspects politiques et sociaux qui exercent pourtant une influence autrement déterminante sur l’évolution générale du pays. La complexité de la réalité haïtienne, en apparence rebelle à une exploration systématique et en profondeur, se traduit notamment par le caractère divergent des conclusions des travaux qui lui ont été consacrés, le chercheur tendant à privilégier telle ou telle variable isolée en fonction de son orientation personnelle.

 A notre avis, sans connaître le poids qu’il convient d’accorder à la rigueur des contraintes extérieurs et à la précarité du cadre physique dans lequel s’insèrent les efforts d’organisation de la nation, la banqueroute actuelle à ses causes profondes dans les caractéristiques permanentes du système politique haïtien et l’apparition de défaillances majeures au sein de la strate politique nationale.

Les membres de la hiérarchie politique nationale n’adhèrent pas un système de croyances et de valeurs collectives, tenues pour essentielles à l’évolution vers un stade de développement supérieur. On note une carence très prononcée de consensus sur les problèmes fondamentaux du pays, lesquels n’ont pas encore fait l’objet d’approches cohérentes susceptibles de rallier la majorité de la population.

Moins de 15 ans après l’intervention d’une force étrangère consécutive à l’instabilité du pouvoir, l’élite politique n’a pas réussi à favoriser l’aménagement de mécanisme adaptés à la résolution des conflits inhérents à une société caractérisée en particulier par l’existence de classes sociales antagonistes, une grave pénurie de ressources politiques et un faible niveau d’évolution socio-économique.

 Il en résulte que l’intégration et la cohésion indispensables à une action collective efficace restent irréalisables. L’inexistence d’un degré de consensus minimal ne permet pas d’arrêter une stratégie politique nationale à long terme. Elle a pour effet de porter la lutte pour le pouvoir à des seuils dangereux et de vouer à l’échec toute entreprise de construction nationale. Elle aggrave la vulnérabilité du système politique haïtien face aux desseins malhonnêtes des Etats étrangers auxquels il s’est subordonné.

  A la différence de la plupart des Etats du Tiers-monde indépendamment de leur régime sociopolitique, le pays dispose de plus de partis politiques mais insuffisamment organisés et stables pour assurer l’encadrement des citoyens participant aux affaires publiques.

Qu’ils proviennent d’une initiative du pouvoir ou de celle de l’opposition, les efforts visant à la création d’organisme de ce type se soldent invariablement par des échecs. Le parti politique tel qu’il est connu et fonctionne presque partout à l’étranger ne s’est pas adapté au contexte sociologique haïtien.

 La vie politique nationale est animée principalement par des agents agissants individuellement et de manière autonome, en dehors de tout instrument de participation organisée. Le caractère désordonné des innombrables interventions personnelles aboutit à de véritables carambolages, qui dépassent largement la capacité de régulation du système.

  A un niveau plus élevé, le type le plus fréquent d’unité organique collective à vocation de lutte pour le pouvoir est offert par le groupement politique à fins limitées et temporaires. La prolifération de ses petites structures partisanes traduit la tendance des forces politiques nationales à se fragmenter à l’excès. Elle est liée le plus souvent à l’apparition d’une conjoncture exceptionnelle telle qu’une fin de mandat présidentiel ou une vacance de pouvoir. En règle générale, ces formations improvisées et épisodiques ne survivent guère à la disparition des circonstances à l’origine de leur genèse.

 Les paramètres de la situation socio-politique d’Haïti, n’autorisent aucun optimiste excessif pour ne pas dire que l’espoir devient de plus en plus incertain dans un contexte où toutes les forces vives de la nation sont à genoux devant les forces obscures internes et l’indifférences des puissances internationales face à la situation.

Par ailleurs, certains précédents historiques laissent cependant présumer qu’en se réunissant dans une structure d’action collective de type unitaire et en s’équipant d’un minimum de moyens matériels et humains, les courants démocratiques et progressistes peuvent se trouver en mesure d’abattre le statu quo. Tout compte fait, le régime politique actuel n’est redevable de sa survie qu’à la division et la faiblesse de ses adversaires.

Si les éléments favorables à l’émergence d’une société nouvelle en Haïti ne veulent ou ne peuvent forger leur cohésion face à l’emprise tenace de nos habitudes archaïques, l’expérience nationale haïtienne peut être tenue pour condamnée.

Cela étant dit, il faut sortir du discours d’enfermement et passéistes consistant à répéter nos prouesses du passé pour s’engager dans l’action collective, l’action concrète et opérationnelle. Pour y arriver, ne faudra-t-il pas redéfinir une nouvelle ligne idéologique transformatrice en lien avec la situation actuelle, des hommes et des femmes pétris par cette idéologie et une restructuration de notre Parti politique à un moment où notre nation est au bord d’un gouffre n’ayant rien à envier aux scènes les plus macabres de l’Apocalypses ? D’où l’intérêt de nous engager activement ; mais quelle stratégie utiliser et par où commencer ?

                 LUCIEN Jean Benit

                               Cellule France , FUSION des Sociaux-Démocrates

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En écoutant, en lisant, en décodant les messages, les écrits et les différentes prises de position des uns et des autres à la radio, à la télévision, dans les journaux et dans certaines réunions, nous sommes arrivés à la conclusion que face à la crise politique, économique, sociale et morale qui nous ronge et qui s’installe, quatre stratégies s’entremêlent et s’enchevêtrent.

Par le peuple et pour le peuple

D’après la première, rien ne se fera si le peuple ne se mobilise pas, ne s’organise pas, ne réalise pas son unité pour une prise du pouvoir par lui-même et pour lui-même sous la direction, bien sûr, d’une avant-garde révolutionnaire décidée et bien prolétarienne. Quant aux alliances avec la bourgeoisie ou avec d’autres classes considérées comme réactionnaires ou pourries, elles ne peuvent être que d’ordre purement tactique et bien entendu après que le peuple eût organisé patiemment sa propre force de frappe.

Tout cela n’est pas nouveau et est bien beau mais pas très réaliste dans l’immédiat pour un peuple privé du minimum vital, tenaillé par l’urgence, un peuple sans travail, sans instrument de travail et sans capital, un peuple qui vient de se faire tabasser le 29 novembre avec son bulletin de vote et qui continue d’être terrassé ou de se faire tuer comme des lapins surtout dans les sections rurales et les provinces quand il se réunit pour réfléchir sur ses malheurs, pour réclamer ses cochons créoles, exiger le retour d’un curé expulsé manu militari comme un vulgaire malpropre ou encore pour demander qu’on construise des latrines et des dispensaires avec ses taxes.

Si cette stratégie a le mérite d’être claire comme de l’eau de roche, elle pêche par son absolutisme car elle remet la résolution des problèmes immédiats à l’an 3005 ou au ciel. Elle ne propose aucune solution concrète aux revendications concrètes de ce peuple à savoir : le droit à la terre, le droit à l’eau potable, le droit à un logement, le droit à un salaire décent, le droit à son cochon créole, le droit à la liberté, le droit au choix de ses représentants, enfin, le droit à la paix et à la sécurité.

Mieux, qui nous dit qu’en l’an 3005 il restera grand’ chose de ce pays où les hommes et la terre s’en vont, pourchassés par l’érosion, le Sida, la faim, la cupidité et la sauvagerie de certains tenants de l’ancien régime accrochés à leurs privilèges.

Et ce n’est un secret pour personne que des comparses de l’ex-dictateur qui, au lendemain du 7 février 1986, ont été obligés de prendre leurs jambes à leur cou, se rassemblent tranquillement en République Dominicaine, avec leurs poches bourrées de millions, donc prêts à armer une bonne quantité de nos 400 000 compatriotes de l’autre côté de la frontière et à former au moment voulu avec la complicité du gouvernement de Balaguer, des bandes de « contras » haïtiens en vue de rendre difficile, voire impossible toute prise du pouvoir par le peuple et pour le peuple.

Les forces révolutionnaires de la République voisine sont-elles capables de bloquer ces genres d’initiatives sur leur territoire ? Rien n’est moins sûr. Toute analyse faite, nous pensons que dans l’état actuel des rapports de forces, la stratégie de la prise du pouvoir par le peuple et pour le peuple est proprement irréaliste. Elle est à temporelle et hors contexte.

L’Attentisme

Selon cette deuxième stratégie, il est inutile de se décarcasser ; on n’a qu’à rester chez soi et laisser faire le temps. Cette armée qui nous gouverne finira par tomber sous le poids de ses propres contradictions. Nos généraux et colonels se détestent les uns les autres. A la fin, ils se boufferont le nez. C’est la stratégie de l’attentisme. Mais ses protagonistes oublient deux choses essentielles :

a) en politique, la passivité et la défensive sont mortelles,

b) effectivement des divisions existent au sein de l’Armée. Mais, à quelques différences près, nos généraux et nos colonels sont porteurs du même projet de société parce que formés à la même école. Tous, à quelques exceptions près, sont contre le changement, ils sont pour le statu quo. Donc, dans le cas où ils se tireraient dessus, il y a de fortes chances que le vainqueur soit du sérail. Le peuple se retrouvera en fin de compte, à la case départ avec ses revendications sur le cœur.

Reprendre le pouvoir politique

La troisième stratégie est celle de certains duvaliéristes dits intelligents qui sont prêts à tous les compromis et à toutes les compromissions avec l’Armée et hors de l’Armée en vue d’avoir dans un premier temps droit de cité et dans un deuxième temps, reprendre le pouvoir politique, pour enfin assurer sous d’autres formes la continuité duvaliériste. On les retrouve du côté de Namphy, de Régala et de Jean Claude Paul. Leurs attitudes, leurs comportements et leurs arguments varient avec le sens du vent.

Un exemple parmi d’autres : Au cours des premiers jours du gouvernement Manigat-Célestin, ils affublaient la diaspora de toutes les vertus. Mais quand ils ont commencé à se rendre compte que Manigat pédalait dans la

Choucroute, cette diaspora était devenue leur pire ennemie. Ils la trouvaient accapareuse, anti-nationale, enfin capable de tous les mauvais coups. Comble de la déraison !

Ils ont fait tant et si bien qu’on pouvait croire que la diaspora était brusquement devenue une classe sociale compacte dont l’objectif consiste à mettre hors-jeu cette fameuse « classe moyenne majoritaire » bien implantée d’après eux dans tous les coins du pays, bourrée de cadres superpréparés, tous, des nationalistes sans tache, prêts à défendre au péril de leur vie les acquis des révolutions de 46 et de 56. Mais quand vous leur dites que le bilan de tout cela est bien négatif étant donné qu’en 1988, Haïti se retrouve porte-bannière dans le petit peloton des pays les plus sous- développés, ils se fâchent et invectivent.

En fin de compte, les faits ont révélé que cette fameuse classe moyenne majoritaire ne rassemble que quelques petits bourgeois opportunistes de droite dont la stratégie consiste à faire beaucoup de bruit en affichant une certaine posture intellectuelle et technocratique en vue de se garantir des postes dans des cabinets ministériels. Un point et c’est tout. Le peuple haïtien les connaît bien. Ils le savent aussi. «Chat konnen, rat konnen ».

Nous devons signaler par contre, que nous avons rencontré des hommes et des femmes qu’on continue à considérer, à tort, comme des partisans inconditionnels de l’ancien régime, parce qu’ils avaient occupé à un tel moment de la durée un poste dans l’administration publique, mais qui pensent sincèrement qu’il faut un changement dans le pays et l’ont prouvé par leur comportement.

La grande question de l’heure

Que veut le peuple haïtien au moment où nous écrivons ces lignes ? La révolution, le statu quo ou le changement démocratique ?  En analysant l’ensemble de ses propositions et en regardant de très près les formes de lutte qu’il a utilisées pour se défaire de la famille des Duvalier, se donner une constitution et se doter de quelques instruments de défense sur les plans politique, social et culturel, on n’a pas besoin d’être grand clerc, ou un politologue avisé pour se rendre à l’évidence que le peuple haïtien dans sa grande majorité réclame un état de droit sous-entendu par une société pluraliste et tolérante dans son fonctionnement et ses structures, une société avec plus de justice sociale, une meilleure redistribution des richesses, une administration décentralisée et plus compétente, une participation de gens dans les grandes décisions qui les concernent.

Quant à la paysannerie, elle est fatiguée d’être traitée en paria. Elle réclame sa place au sein de la nation haïtienne. Elle veut surtout être traitée en adulte et considérée comme être humain à part entière. Bref, le peuple haïtien dans sa grande majorité demande le changement démocratique.

La réponse

Si le problème du moment c’est le changement, c’est l’instauration en Haïti d’une société pluraliste et tolérante, les moyens et les méthodes pour y arriver ne peuvent être recherchés dans les arsenaux du radicalisme ou de l’extrémisme, qu’il soit de gauche ou de droite. Les méthodes et la stratégie du premier renvoient la solution du problème haïtien à l’an 3005 ou au ciel, le second propose ou la violence aveugle ou une politique de gribouille, une politique de défense de ses intérêts mesquins et à la petite semaine.

Quant aux attentistes, ils ne proposent rien du tout. Tout compte fait, les démocrates de ce pays sont condamnés à se mettre d’accord sur une stratégie réaliste qui les oblige à regarder les faits en face s’ils ne veulent pas être victimes de l’histoire. Ils doivent se dire qu’ils ont engagé avec ce peuple une lutte pour la satisfaction d’un certain nombre de revendications. Cette lutte n’a pas encore abouti. Et, elle doit être gagnée sur le terrain politique.

Pour le moment présent, nous avons d’un côté un peuple sur ses gardes et frustré, et de l’autre, un gouvernement militaire privé de tout soutien sur le plan international et sur le plan national. Son chef, aux aguets, se trouve empêtré dans une idée de réinsertion de la paysannerie par le biais de financement de micro-projets ou micro-entreprises.

Maintenant, le général-président doit bien se rendre compte que pour financer au moins 30 000 micro-projets à raison de 10 000 à 20 000 dollars l’unité (ou encore 30 000 micro-entreprises à raison de 1000 à 2000 dollars l’unité), il lui faut dans tous les cas entre 300 et 600 millions de dollars pour commencer. Sur le sol national, à partir des entreprises nationales et des petites réserves, il ne peut trouver que 40 à 45 millions de dollars.

Entre 600 et 40 millions, la différence est de taille. Les choses étant ce qu’elles sont, nous ne voyons pas trop bien où le général-président va trouver cette différence, si les ennemis d’hier continuent à se regarder comme des chiens de faïence. A condition que le vrai objectif de cette grande entreprise ne soit pas la réintégration de la paysannerie, mais sa pacification comme le laissent supposer la tuerie de Labady, les arrestations et les bastonnades des membres du Mouvement Paysan de Papaye (MPP). 

Alors si ce n’est pas vrai et, si tout le monde pense effectivement que le salut d’Haïti passe par celui de la paysannerie qui représente plus de 80 % de la population, pourquoi le gouvernement militaire qui est loin d’avoir les moyens économiques et humains de ses ambitions, ne prend-il pas l’initiative d’engager un dialogue national avec toutes les composantes de la Nation à travers leurs délégués.

Cette rencontre nationale sera précédée d’un large débat national avec la participation de tous les intéressés sur des thèmes comme les institutions, l’économie et la sécurité pour déboucher sur la signature d’un pacte national devant la presse nationale et internationale.

Ce pacte national contiendra des garanties bien claires pour les syndicats, les églises, l’Armée, les associations de paysans, la presse, les partis politiques, les associations d’entre- preneurs, les associations de défense des droits de l’homme, les organisations non gouvernementales de développement, les comités de quartier, les organisations socio-professionnelles, etc.

Cette démarche a le mérite de rassurer tout le monde, de tenir compte des revendications du peuple haïtien, de n’exclure personne au départ, de décrisper l’atmosphère et de débloquer la situation. Sur le plan international, elle forcera le respect de nos partenaires qui se rendront à l’évidence que les Haïtiens sont capables de se parler et de trouver, à travers le dialogue constructif, la solution à leurs problèmes.

A partir de ce moment-là tout peut être envisagé si chacun s’engage à laisser pendant un laps de temps ses couteaux, ses invectives et ses mitraillettes au vestiaire. Ce sera un pas décisif vers l’instauration de cette démocratie pluraliste et participative, passage obligé vers le développement. Car comment parler de développement national, quand l’insécurité s’installe dans la paysannerie et dans les villes, les institutions sont inexistantes, les organismes de crédit sont inaccessibles pour ne pas dire inexistants ?

Les pessimistes, les super-révolutionnaires nous objecteront certainement que l’heure n’est plus ou pas au dialogue et que de toutes façons ceux d’en face ont du sang coagulé sur les mains, les honnêtes gens, les gens sérieux ne peuvent pas leur faire confiance et que pendant ces deux dernières années, ils ont administré la preuve par quatre de leur mauvaise foi. A ceux-là nous dirons simplement que les notions de bonne foi ou de mauvaise foi, de confiance ou de non-confiance sont des catégories qui n’ont rien à voir avec la politique et qu’il ne faut surtout pas confondre la morale, la religion avec la politique qui a ses lois et ses principes.

Quand, pendant la seconde guerre mondiale Hitler avait accepté l’offre de dialogue faite par Staline, aucun des deux n’était animé de bons sentiments l’un vis-à-vis de l’autre. Quand les « contras »

nicaraguayens acceptent avec l’Eglise Catholique nicaraguayenne de s’asseoir avec les sandinistes derrière une table de négociations, dans cette affaire, il n’y a aucune place pour la confiance ou la non-confiance.

Quand de nos jours, Lech Walesa qui n’a aucune armée derrière lui, simplement le syndicat « Solidarnose » avec le soutien d’une certaine opinion nationale et internationale, se déclare disposé à rencontrer dans le cadre d’un dialogue national lé Général Jaruzelski et son armée, peut-on dire que Lech Walesa est un naïf ou fait confiance à son ennemi, le Général aux lunettes noires ? De grâce, nous pensons que ceux qui persistent à confondre dialogue national, débat national pour un pacte national avec le risque calculé de Leslie Manigat pour le fauteuil présidentiel, ont vraiment une mauvaise approche ou dans le meilleur des cas, pêchent par ignorance des lois de la politique ou ont fait une très mauvaise évaluation des rapports de force en Haïti et dans la région.

Pour terminer, signalons que quand la lutte d’un peuple pour la démocratie ou dans sa marche vers la formation d’une nation, un leader, un parti politique ou un groupe de citoyens en appellent au dialogue national, en général cette idée est toujours reçue avec scepticisme.

L’histoire a enseigné que le dialogue national considéré comme moyen moderne de résolution des problèmes politiques demande souvent un peu de temps pour que les uns et les autres prennent conscience de leurs propres limitations et le peuple de sa nécessité.

                                                                        Serge GILLES,  Aout 1988

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